SAINT BERNARD

Né en 1090, dans une noble famille bourguignonne, saint Bernard est un mystique, amoureux de la vie monastique. Pourtant, toute au long de sa vie, ce solitaire sera appelé à arbitrer les affaires du monde et de l'Eglise.

Moine à Cîteaux à l’âge de 22 ans, père abbé à 25, Bernard de Clairvaux fonde cinq abbayes avant d’avoir atteint sa trentième année. Réformateur des cisterciens, conseiller des rois et des papes, le saint, né en 1090 dans la décennie qui voit la première croisade, est également connu pour ses prédications lors de la deuxième croisade. Le rayonnement de ce docteur de l’Eglise est tel qu’on rédige sa biographie de son vivant. Certains le surnomment "le dernier des Pères de l’Eglise".

Alors qu’il n’a que 22 ans, saint Bernard réussit à convaincre ses proches, oncles, frères et amis, de le suivre dans la vie de dénuement de l’abbaye cistercienne de Cîteaux. Le jour de Pâques, ce n’est pas un mais trente hommes qui se présentent au monastère. Une vie d'austérité les attend : pas de viande ni de poisson aux repas, travail de la terre. La nuit, ils dorment habillés sur des paillasses posées sur des planches de bois. A cette époque, Cîteaux est le théâtre d’une réforme visant à revenir à la stricte observance de la règle de saint Benoît. A la suite de saint Bernard et de son groupe, les postulants sont si nombreux que Cîteaux n'a plus la place de les accueillir et doit essaimer.

Fondateur, prieur et doctrinaire

En 1115, l’abbé de Cîteaux confie à saint Bernard un groupe de moines pour fonder une abbaye qui prendra le nom de Abbaye de Clairvaux, parce qu'elle fut construite dans une clairière. En effet, c’est au Val d’Absinthe que le jeune père abbé, futur Bernard de Clairvaux, et quelques moines venus de Citeaux, vinrent défricher, il y a plus de huit siècles, une clairière de terre aride au cœur de la vieille forêt gauloise qui couvre les collines et les vallées des confins de la Champagne et de la Bourgogne.

Cette terre de silence et de pauvreté va devenir pour la postérité la grande abbaye de la “claire vallée”, Clara Vallis, plantée de vignes et animée de granges, de forges et de moulins. Le terrain, choisi avec précaution avait été offert par un proche de Bernard, il comprenait ces éléments essentiels à l'organisation d'une abbaye cistercienne (autarcie et solitude).  Ces premières années dans ce nouveau monastère sont calmes. Le jeune Bourguignon eut le temps de mûrir une doctrine personnelle, riche expression de la spiritualité cistercienne. Les sermons qu’il dispense à ses moines et ses traités sont recopiés et diffusés. Son rayonnement s’étend et le prieur des Chartreux lui demande d’écrire sur la charité. Les moines de l’ordre de saint Bruno sont bouleversés par ces écrits et veulent le rencontrer.

En 1112, les moines relevant de Cîteaux, ou cisterciens – les moines blancs – ont 19 couvents.  A cette époque on les oppose aux moines noirs de Cluny qui se permettent des accommodements avec la règle de saint Benoît. Pierre le Vénérable, jeune moine de 28 ans, est élu à la tête d’un millier de monastères répandus dans toute l’Europe. Passionné par la règle de saint Benoît, il entreprend de réformer les abbayes clunisiennes. Bernard et lui vont s’expliquer longuement sur le conflit qui oppose moines blancs et moines noirs. Cette polémique les rapproche et ils deviennent amis.

Appelé dans le monde

En devenant moine, Bernard souhaitait mener une vie recluse. De rencontre en rencontre, il se trouve en relation avec les hommes les plus en vue de l’époque et devient un personnage influent. Sa vie monastique va être longuement et fréquemment interrompue. On vient de plus en plus le consulter pour les affaires de l’ Eglise. Mystique et contemplatif, saint Bernard est tout au long de sa vie arraché à la solitude de Clairvaux pour arbitrer des affaires royales, épiscopales, papales et internationales, à caractère religieux ou non... 

Saint Bernard est reconnu par ses contemporains et entretient de nombreuses relations épistolaires, notamment avec Hildegarde de Bingen. Et lorsque l' Eglise s'inquiète de voir la moniale, future sainte Hildegarde de Bingen, commencer à consigner par écrits ses visions dans son livre "Scivias"(1141), Hildegarde fait appel à lui. Saint Bernard rassurera ainsi le pape Innocent III en déclarant que les visions d' Hildegarde - proclamée docteur de l'Eglise en 2012 par Benoît XVI - sont "des grâces du Ciel".

En 1130, à la mort du pape Honorus, deux clans de cardinaux s’affrontent pour l’élection du successeur. Innocent II, grâce à l’appui de saint Bernard qui a acquis une immense renommée, est reconnu pape légitime, d’abord en France, puis, au bout de huit ans, dans toute la chrétienté.

En 1141, Innocent II nomme le nouvel archevêque de Bourges sans consulter Louis VII. Ce dernier, jaloux, confisque des biens du clergé et envoie des soldats ravager des diocèses. Le roi de France demande également aux évêques qui lui sont fidèles de casser le mariage de Thibaud de Champagne, un ami de saint Bernard. Le souverain envahit les domaines de Thibaud, fait brûler le bourg de Vitry et l’église où se réfugient 1 300 personnes. En entendant les cris de ses victimes, le roi est pris d’épouvante. Il écrit à saint Bernard pour lui demander de l’absoudre de ses pêchés. Le moine lui répond durement, avec audace. Son intervention permet une réconciliation entre le roi, Thibaud de Champagne et le clergé.

A la mort d'Innocent II, en 1143, Paganelli, un frère cistercien de saint Bernard, monte sur la chaire de Pierre et devient Eugène III. Saint Bernard songe aux difficultés que va rencontrer son ami et rédige ses conseils sous la forme d’un livre qui servira par la suite à de nombreux papes. Dans les années qui suivent, Eugène III doit se réfugier à plusieurs surprises chez le frère blanc : il fuit un clan de cardinaux adverses. Chétif et malade, saint Bernard conserve la puissance de sa plume et écrit aux Romains.

Implication dans la deuxième croisade

En 1144, des tensions en Terre sainte poussent Louis VII à tenir sa promesse de se battre pour défendre le tombeau du Christ afin d’expier ses crimes en Champagne. Mais les grands seigneurs ne veulent pas repartir en croisade : la précédente a été tellement meurtrière… Le souverain demande à saint Bernard – toujours en relation avec les pays d’Orient depuis qu’il a fondé l’ordre des Templiers - de les convaincre. Celui-ci refuse d'agir si ce n'est sur demande du pape. En 1146, sur ordre d'Eugène III, saint Bernard devient le prédicateur officiel de la deuxième croisade.

Cette guerre est un échec, comme les deux qui suivront. Tandis que les châteaux français s'écroulent les uns après les autres en Terre sainte, les monastères cisterciens se multiplient. Saint Bernard meurt à 62 ans, le 20 août 1153. Le pape Alexandre III le canonise en 1174 et Pie VIII le proclame Docteur de l’Eglise universelle en 1830.