Le concordat de Bologne

La pragmatique sanction ayant été promulguée sans l'avis de la papauté, leroi François 1er négocie, en 1516 à Bologne, le concordat qui va régir l'Église de France jusqu'à la Révolution. S’il entérine l'abandon au roi de la nomination des chefs de l'Église nationale, la théorie conciliaire est pour sa part abandonnée, à la grande satisfaction du pape. C'est donc un gallicanisme politique plus que dogmatique qui s'établit en France en ce début du xvie siècle : au gallicanisme conciliaire se substitue un gallicanisme royal (la conjonction des deux tendances se fera au xviie siècle, sous Louis XIV).

La polémique autour de la doctrine tridentine

Le concile de Trente (1545-1563), en particulier sa réception en France, ranime le conflit entre roi et pape.

En effet, ses décrets heurtent les deux convictions principales des gallicans, à savoir que le pape est inférieur à l'Église réunie en concile œcuménique, et que le roi de France ne reconnaît ici-bas aucune juridiction supérieure. L'opposition est d'abord royale et parlementaire, alors que l'Église de France semble adopter les thèses romaines.

Sous Henri IV, des positions extrêmes apparaissent, et une véritable guerre de libelles et de pamphlets se déchaîne entre partisans et ennemis du gallicanisme.

Le plus célèbre controversiste est Pierre Pithou, dont le Recueil des libertés de l'Église gallicane (1594) reste la bible des gallicans jusqu'à la Révolution. Il fonde les droits du royaume sur le sacre royal et sur les bienfaits que l'Église doit à la monarchie française.

À sa suite,Edmond Richier, syndic de la faculté de théologie de la Sorbonne, soutient dans son Libellus (1611) que l'autorité législative de l'Église réside dans l'épiscopat, et dénie à l'Église toute autorité dans le domaine temporel. L'ouvrage conquiert les parlementaires, et les députés parisiens proposent, à l'occasion des états généraux réunis par Louis XIII en 1614, de proclamer les opinions de Richer lois fondamentales du royaume. Cependant, face à la résistance du clergé, auquel se rallie la noblesse, Louis XIII interdit au parlement de faire siennes les thèses de Richer ; plus encore, l'année suivante, l'assemblée du clergé de France reçoit pour son compte le concile de Trente.

La censure des libelles

En 1626, le conflit ressurgit lorsque la faculté de théologie de la Sorbonne censure des libelles ultramontains qui attaquent le roi Louis XIII, son ministre Richelieu et les gallicans. Le pouvoir veut profiter de la tenue de l'assemblée du clergé de France à Paris pour y associer toute l'Église nationale. Malgré l’hostilité d’une partie du clergé, l’intervention de Richelieu permet à l’assemblée d’approuver le texte suivant : « 1° pour quelque cause et occasion que se puisse être, il n'est permis de se rebeller et prendre les armes contre le roi ; 2° tous sujets sont tenus d'obéir au roi et personne ne peut les dispenser du serment de fidélité ; 3° le roi ne peut être déposé par quelque personne que ce soit. »

La Déclaration des Quatre articles (1682)

En 1673, le roi Louis XIV déclare tous les sièges du royaume sujets à la régale. Seuls deux évêques (d'Alet et de Pamiers, tous deux jansénistes) s’y opposent et reçoivent l’appui du pape Innocent XI.

Ainsi, paradoxalement, les évêques de France défendent le roi contre le pape, alors même que ce dernier cherche à sauvegarder les droits de l'épiscopat gallican.

Encouragé par ce succès, Louis XIV provoque la réunion d'une assemblée générale du clergé français d'où sort la Déclaration des Quatre articles rédigée par Bossuet (1682). Elle devient la charte du gallicanisme : le pouvoir des papes est purement spirituel ; les rois ne peuvent donc leur être soumis ; la puissance spirituelle du pape est limitée par les conciles généraux, et en France par les coutumes du royaume et de l'Église ; le pape a une « part principale » dans les questions de foi, mais son jugement n'est « irréformable » que s'il est confirmé par l'Église.

BOSSUET

La Déclaration de 1682 prend une importance particulière du fait qu’un édit royal l'érige en loi, le 22 mars 1682.

Rome, par prudence, réagit fermement mais sans violence.Innocent XI condamne les décisions prises à propos de la régale et rédige un bref, proclamant la nullité de la Déclaration de 1682. Sous le pontificat d' Innocent XII (1691-1700), la pression des événements politiques (guerres contre l'Europe) amène Louis XIV à assouplir sa position et les évêques à se rétracter, au moins pour la forme.

Au XVIIIe siècle, le roi a besoin de l'autorité du pape dans sa lutte contre le jansénisme : le gallicanisme royal s'efface alors devant le gallicanisme parlementaire. Les conflits sont nombreux non seulement avec l'épiscopat, mais aussi avec le roi, du fait de la protection plus ou moins avouée apportée par le Parlement aux jansénistes. Les doctrines de Richer sont remises en honneur ; certains même, dépassant Richer, inclinent au « parochisme », sorte de démocratie cléricale.

Le gallicanisme révolutionnaire

L'inspiration révolutionnaire de la Constitution civile se manifestait ainsi dans la subordination étroite de l'Église à l'État et dans l'application du principe de la souveraineté de la nation à la désignation des autorités religieuses. La Constitution était, d'autre part, d'inspiration résolument gallicane : les évêques recevaient désormais l'investiture spirituelle de leur métropolitain et non plus du pape, celui-ci étant simplement « informé » des élections. Et ce bouleversement de l'organisation et de la discipline de l'Église était décrété souverainement par l'Assemblée, sans consultation du pape ni même d'un concile national

(source encyclopedie Larousse